Inventaire

mardi 19 octobre 2010

DES PHOTOS

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Des photos par milliers réunies dans deux meubles à tiroirs. Sur les images, les visages évoluent, aussi les paysages, les lieux, la composition des groupes. Chaque vue associée pour moi à des sons, des odeurs, des sensations, des environnements. Là il faisait si froid; on entendait japper le chien du voisin; je venais de faire une tarte aux pommes... Il m’arrive de regarder ces photos pour me persuader que j’ai vécu. Aujourd’hui mon ordinateur est bourré d’images virtuelles, que je fais trop rarement tirer sur papier. Je tente d’impossibles classements, je me sens submergée, je me perds, je perds les clichés. Certains auteurs ont tiré de leurs photos de famille des récits magnifiques qui ressemblent à des enquêtes, comme Anny Duperey et son « Le voile noir ». Les photos disent beaucoup, sans doute trop. Indiscrètes, révélant ce que, plongés dans l’action, nous n’avions pas vu. Nous montrant, c’est douloureux, qu’au final nous n’avons rien compris à ce qui était la chair de nos jours. Elles montrent aussi, comme le prouvait si bien une des expositions de l’Eté photographique de Lectoure en 2008, à quel point, à une époque donnée, nous qui nous revendiquons si fort des individus, nous avons tous eu les mêmes activités, revêtus des mêmes panoplies, arboré les mêmes expressions, dessiné de nos membres les mêmes gestes. Les nouvelles techniques ont rendu obsolète le recours au bain de « révélateur ». Et pourtant…

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dimanche 17 octobre 2010

UN LION BLEU

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Quand je suis arrivée à Bordeaux, je l'ai détesté. C'était quoi ce pauvre lion en plastoc, et quelle invraisemblable couleur, et comment avait-on pu poser un truc pareil près du sublime pont de pierre... Et caetera. Puis j'ai trouvé un logement à La Bastide, et mes passages devant le fameux lion sont devenus réguliers. P a entrepris de le photographier systématiquement et en a fait un blog qui des mois durant a montré l'animal dans tous ses états. A force de rire, de m'extasier ou de m'émouvoir devant les photos, j'ai modifié mon regard. Mine de rien, j'ai commencé à le trouver sympathique. Après des virées professionnelles je me suis surprise à guetter sa silhouette anguleuse pour preuve d'un retour au païs. Je lui ai adressé des clins d'oeil, qu'il m'a obligeamment retournés. J'ai marché autour de ses grosses pattes solides. Remarqué que la nuit lui allait bien. Ai reconnu qu'il lui fallait bien de l'audace pour imposer sa présence en bord de Garonne.

Un beau jour, nous étions devenus potes.

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vendredi 15 octobre 2010

UN LIEU QUE J'AIME PARTICULIEREMENT DANS MA VILLE - Inventaire partagé n°18

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Envoyez-moi vos contributions via l'adresse : inventairescommuns@gmail.com, (message, photo attachée) je les publierai à côté de la mienne. Un seul impératif : respecter le titre proposé. Plus il y aura d'images, plus ce sera intéressant...

Vos envois seront enregistrés quelle que soit la date. Merci d'avance !

Nina : le bassin à flots de Bordeaux un jour de théâtre

Merci à Mido et à Vizu !

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lundi 4 octobre 2010

LES LIEUX QUI M’ENCHANTENT

Bien sûr, je vais en oublier. Un lieu peut m’enchanter pour bien des raisons : j’y ai vécu quelque chose de particulièrement heureux ; je le trouve magnifique, ou magique ou mystérieux ou… ; je n’en ai jamais fait le tour ; il m’a ébloui et je rêve d’y retourner. Alors je citerai :

L’estuaire de la Gironde, incroyablement dépaysant, d’ailleurs on y trouve même Macau, que je me plais à prononcer Macao. Tout y est comme hors du monde.

Les quais à Bordeaux. Parce que ça sent la mer, le large ; parce que c’est bleu ; parce que c’est si beau en toute saison ; parce que la Garonne fait un arrondi, là (Port de la Lune) et c’est si doux.

Le Cap Fréhel, si violent, si brut, qui vous emporte forcément vers ses profondeurs…

La porte principale de Prayssas, en Lot et Garonne. Le village n’a pas grand intérêt, mais la première fois que j’y suis allée, en compagnie de P et M, un collectif d’artistes hollandais en avait fait un lieu totalement merveilleux, inclus dans un parcours étrange.

Le site de Petra en Jordanie, si bouleversant que j’en ai pleuré. Immense, à la fois caché et offert – qui parle une langue dont on ne saisit que des bribes.

Les centaines de temples de Pagan, en Birmanie, tels que dans ma mémoire, plantés au milieu des champs, cernés de buffles attelés.

Le pont Charles à Prague, hanté par ses statues. Vous ajoutez le froid, le bruit grinçant des pas dans la neige, un ciel très bas et la cloche d’un tramway, je suis partie très loin.

La corniche de la Vierge à Biarritz, mélange de sauvagerie et de béton moulé, aménagée mais pas trop, qui dit non à la ville, oui à l’océan. Entièrement tournée vers la houle. Oui à l’océan.

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dimanche 3 octobre 2010

UNE PINCE A CHEVEUX

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Elle n’a l’air de rien, simple au possible, pourtant j’ai mis très longtemps à la trouver. Il y en avait de très grosses, destinées à d’impressionnantes masses de cheveux frisés sans doute, des toutes petites pour les jeunes filles qui relèvent une mèche sur le côté… Des « fantaisies « avec papillons, fleurs, dauphins ou autres culculteries… Des racées à la sobriété élégante valant une fortune… Des noir corbeau, bleu cobalt, vert caca d’oie, jaune canari, brun caramel… Des qui pinçaient à peine, des qui pinçaient trop fort. Elle n’a l’air de rien, mais c’est un outil indispensable. Quand j’avais 20 ans, on ne trouvait pas ce type de pince. On pouvait nouer ses cheveux en queue avec un élastique, ou utiliser une barrette, ou bien confectionner un chignon avec des épingles. J’ai donc découvert la pince lorsque après des années de mi-longs ou courts, voire très courts, j’ai laissé repousser mes cheveux. Voici le geste féminin par excellence : se saisir de sa chevelure, opérer une rapide torsion du poignet, placer la pince. Dans l’idéal, de jolis mèches tombent légères autour du visage, un mouvement est donné, une gaîté s’empare de la tête. Mille fois dans la journée, et toujours un résultat différent, spontané, création éphémère. Pince-mi et Pince-moi sont sur un bateau. Pince-mi tombe à l’eau, qui reste-t-il ?

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lundi 27 septembre 2010

MES CINEMAS

Même si lycéenne je m’intéressais déjà au 7ème art, je suis vraiment « tombée dedans » à Tours. Les Studios proposaient plusieurs salles à l’époque : du côté de la gare, et dans le vieux Tours. Des endroits extrêmement vivants, où il se passait toujours quelque chose (le meilleur !). On pouvait fumer dans certaines salles, ce qui aujourd’hui parait incroyable. Chaque année, la Nuit du cinéma était un grand moment ! Elle se terminait par la projection d’un film d’horreur, suivie de croissants vers 6 h, pour les plus courageux. La première fois que suis allée au Studio, entraînée par mon ami Didier, j’ai vu 3 films successivement : un Fassbinder, un Mike Leigh… je ne me souviens plus du troisième. 3 films dans la même journée, c’était pour moi une grande première, et un émerveillement. J’ai adoré ces cinémas. Et puis c’est au Studio du quartier de la cathédrale que j’ai rencontré l’homme qui serait mon compagnon de vie pendant 18 ans, et le père de ma fille. « La poursuite impitoyable » nous avait inspirés…

Etudiante à Paris j’ai passé pas mal de temps au Champollion à St Michel, et à la Pagode.

Certaines des villes habitées étaient de tels déserts culturels (du moins à ce moment là, j’espère que les choses ont évolué) que je suis incapable, à Amiens par exemple, de me rappeler une seule séance de cinéma.

A Agen nous allions au ciné club situé non loin de la piscine. Peu de films, mais toujours mieux que rien… Je me souviens être sortie rapidement du « Funny games » de Haneke. Je déteste le cinéma de cet homme.

A Angoulême, je fréquentais assidument le ciné club du Musée de la BD. J’y allais généralement à pied, par une route qui descend (ou monte) de manière très rude. J’avais sympathisé avec le jeune qui travaillait à l’accueil, nous parlions des films. Leur programmation était vraiment intéressante.

A Bordeaux, c’est l’Utopia qui a conquis mon cœur, même s’il m’arrive, sous l’influence conjointe de Yamina et de Herve, de fréquenter l’excellent Jean Vigo de Pessac. L’Utopia compte 5 salles, les projections débutent en fin de mâtinée, si bien que l’éventail des films est très important. Le lieu est beau, il sent le cinéma et la passion pour le cinéma. C’est aussi un café, un restaurant, ce qui me rappelle l’ambiance des Studios tourangeaux. Au cœur de la ville, ce qui devient tout à fait rare.

Au cinéma, j’aime bien découvrir des films, absorbées par l’écran, heureuse de communier avec d’autres dans cette ferveur. Les salles « commerciales » sont devenues des salons de thé où on vient s’empiffrer de pop corn et jeter un œil sur le grand écran tout en surveillant son portable. Comment vivre sans un vrai cinéma ?

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vendredi 24 septembre 2010

UN CHIEN DANS MA VIE - Inventaire collectif n°17

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Vos envois seront enregistrés quelle que soit la date. Merci d'avance !

Merci à Tamaraka, Dominique, M et Emma !

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mercredi 1 septembre 2010

UNE CANNE

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J’ai trouvé cette canne à Bordeaux, il y a des années. Je n’y habitais pas encore et je ne soupçonnais pas qu’elle me serait un jour nécessaire. En compagnie de P, je me baladais dans le merveilleux Passage St Michel, où je l’ai repérée. Le vendeur m’a conté quelques histoires autour de son parcours, j’ai marchandé, et suis repartie ravie avec l’objet. Longtemps elle est restée posée dans quelque coin de mes divers appartements, associée aux épées rapportées du Soudan et de Birmanie. Depuis des mois je l’utilise, la préférant de loin aux cannes anglaises acquises lors de ma première intervention chirurgicale. Avec cette canne foncée ornée de ses élégantes volutes –dont j’ignore l’origine- j’ai davantage l’impression de me donner un genre que d’être diminuée. Important pour le moral. Elle a même, me semble-t-il, un côté mystérieux et attirant. Voire, sexy. Dans les rues, ignorant avec superbe les personnes jeunes et vieilles (parfois très vieilles) qui me dépassent à toute berzingue, je rêvasse. Evoque le si attirant Lieutenant Français du film de Karel Reisz. Qui sur l’écran s’en va clopin-clopant exposer son âme et son corps en miettes au vent du large... Je soupire. Sexy, oui, résolument.

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mardi 31 août 2010

UNE SILHOUETTE

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Plus qu’à un poids, en rapport avec une taille, on est, je crois, attaché à une silhouette. Toute ma vie, j’ai été une gamine, une jeune fille, une femme, longue et mince. Une forme élancée, aux membres interminables, aux doigts et aux pieds aigus, au ventre plat, au long cou. J’ai tout entendu : la grande gigue, la géante, la grande sauterelle… Sur les photos de classe, direction la rangée du fond. On s’est moqué, on m’a enviée, on m’a plainte ; je n’ai rien cédé de mes centimètres, droite comme un i, la tête au-dessus de celles des autres dans les autobus. A 6 ans, à 13, à 30, à 45 : longue et mince. Maigre plutôt, jusqu’à la naissance de ma fille et le plaisir de la vie à 3, qui m’ont étoffée. Quelques kilos de plus, pas grand-chose. Manger de tout, ne se priver de rien, et rester mince. On s’habitue, on s’identifie à cette silhouette-là, qui devient évidence. On ne peut être soi sans elle. Et voilà qu’avec l’âge (et, lâchons le mot, la ménopause) le corps soudain me trahit, se transforme sans crier gare. Dans la glace : une inconnue. A qui sont ces seins de rêve, ce cul qui fait remonter la jupe, ces hanches de matrone, ce ventre de dondon goulue ? A qui ces bras gras et… mais oui, ces joues rebondies ? Je ne suis plus moi.

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lundi 30 août 2010

LES ORIGINES DE MES AMITIES

E et moi sommes devenues amies parce qu’elle était la voisine de C. Il m’a beaucoup fait souffrir, E m’offrait du thé pour me consoler. MS fréquentait la même classe de seconde que moi. Collée à elle, une « vieille » copine dont j’étais jalouse et qui a eu l’excellente idée de déménager avant la fin de l’année… je me suis glissée à sa place. V m’a abordée à la sortie de l’école où nous attendions nos enfants respectifs, me demandant ce que je lisais. J’ai connu nombre de mes ami(e)s à la fac - les 3 D par exemple . Les cours, les participations à des travaux dirigés, recherches « sur le terrain » ou manifestations politiques nous rapprochaient. Mais DLB et moi avons fait connaissance parce qu’il empruntait très souvent des livres à la bibliothèque de l’UER où je travaillais une douzaine d’heures. Bien que notre histoire ait également été amoureuse et violente, je considère P comme un précieux ami. La première fois que je l’ai vu, il sonnait chez une copine, à la recherche du compagnon de cette dernière. J’ai rencontré Y dans le cadre de mon travail et nos relations ont d’abord été d’estime professionnelle. Rares cependant sont les ex-collègues avec qui je sois toujours en relation : V après Agen, S après Angoulême… A Bordeaux j’ai fait la connaissance de O après une relation « virtuelle » via nos blogs respectifs (pour moi, un autre blog), puis j’ai sympathisé avec son ex compagne, puis avec une amie de celle-ci. J’ai dit à E mon enthousiasme après un concert, j’ai écrit un article sur son groupe, qui l’a utilisé, et les rencontres se sont enchaînées. Quelques unes des personnes rencontrées via le site On Va Sortir, à l’occasion de concerts, de randonnées ou d’expositions, deviennent des ami(e)s. .

L’amitié m’est extrêmement précieuse. J’ai même eu un chagrin d’amitié, me sentant, à tort ou à raison abandonnée par A après deux ans d’échanges assidus. C’est simple, l’amitié, m’a récemment déclaré H. Je ne partage pas cette opinion.

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